Merci de ne PAS poster de messages concernant la vente d'un organe et comportant des coordonnées téléphoniques, e-mail, etc. La loi française interdit la vente d'organes.

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Robert Spaemann : "Prélever un organe conduit souvent à la mort du donneur"


"A l’occasion de la journée nationale du don d’organes, le 22 juin, le philosophe Robert Spaemann [ndlr : figure éminente de la philosophie morale en Allemagne] a été interviewé par l’hebdomadaire Famille Chrétienne."

Ainsi, Robert Spaemann précise que le constat, selon lequel "les prélèvements d’organes sont de plus en plus nombreux", est "inquiétant car pour avoir des organes vivants, il faut que le donneur d’organes soit vivant. Or,  prélever un organe conduit à la mort du donneur". Alors que pour certains le fait que la respiration soit "maintenue de manière artificielle […] lors de la mort encéphalique, […] ne serait pas exactement le maintient de la vie",  Robert Spaemann considère au contraire que la vie "reste la vie, […] qu’importe que la vie soit maintenue artificiellement ou non".
Il décrit une perversion de la fonction de médecin : alors qu’autrefois, la fonction du médecin était de confirmer ou infirmer un constat de mort posé par l’entourage du patient, "aujourd’hui, c’est le contraire. La famille voit que son proche est toujours vivant, qu’il respire, même de façon artificielle, et le médecin dit : ‘Non, il est mort ! Il faut faire vite, car nous avons besoin de tel organe’ ".    
Mais que signifie alors la notion de "besoin" d’organes ? A cette question, Robert Spaemann rappelle que "dans les camps nazis on faisait des expériences sur des êtres humains que l’on soumettait à des températures très basses pour tester la résistance humaine au froid [en précisant que c’était] utile, [car, disaient-ils] ‘on en a besoin pour nos soldats’ ".   

Conservation d'ovocytes: évolutions techniques et questions éthiques

"Les dernières techniques de conservation de gamètes féminins et de tissu ovarien sont sources d'espoir pour les femmes et pour les fillettes subissant des traitements altérant leur fertilité.

Aujourd'hui, une technique 'consiste à prélever chirurgicalement un ovaire entier ou des fragments' et à les congeler. Au moment de leur utilisation, les fragments sont décongelés et greffés afin de 'rétablir les fonctions ovariennes et restaurer une fertilité'. Toutefois, le Dr Sophie Mirallié, du service de biologie de la reproduction au CHU de Nantes, précise que les greffons ont une durée de vie courte et présentent un risque de 'réintroduction de la maladie après greffe'. Il reste donc encore à trouver une technique permettant d'effectuer des prélèvements ovariens qui ne contiendraient pas de 'cellules tumorales' pour qu'elles ne soient pas réintroduites dans l'organisme au moment de la greffe.

De plus, la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 a autorisé la technique de la vitrification d'ovocytes, technique de congélation ultrarapide. Là où les méthodes classiques de congélation produisent des cristaux de glace qui peuvent altérer les cellules, cette technique empêche la formation de cristaux et permet une meilleure préservation des cellules.

Cette technique soulève des interrogations éthiques. Selon le Docteur Pierre Boyer de l'Hôpital Saint-Joseph à Marseille, l'autoconservation d'ovocytes est une alternative à la congélation des embryons.
Selon le Dr Grégoire Moutel, du laboratoire d'éthique et de médecine légale de l'université Paris Descartes, 'la conservation d'ovocytes doit être présentée comme un nouveau droit des femmes', tout en avertissant 'les patientes d'une incertitude sur les résultats'. Par ailleurs, les demandes de conservation d'ovocytes pour convenances personnelles forment un marché en pleine expansion aux Etats-Unis. En France, cette pratique est interdite, elle pose de nombreuses questions éthiques. Le Dr Grégoire Moutel explique que cette pratique pose, entre autres, la question de savoir si un âge limite doit être posé et au-delà duquel les femmes ne pourraient plus conserver d'ovocytes. En effet, 'au delà d'un certain âge, les grossesses sont médicalement plus risquées et le taux de malformation fœtale augmente'.

Interrogé sur les particularités du consentement dans le domaine de l'assistance médicale à la procréation, le Dr Moutel souligne la nécessité d'informer les patients des bénéfices et des risques liés à ces techniques. Au motif que les patients sont souvent 'obnubilés par leur désir d'enfant', ils ne prennent pas toujours suffisamment en compte les risques lorsqu'ils donnent leur consentement. Les professionnels ont donc une responsabilité, ils 'n'ont pas le droit de tout faire au motif du consentement'."

Le Monde (Sandrine Cabut) 24/03/2012
http://www.genethique.org/revues/revues/2012/Mars/26_03_12.html#1

Forum de bioéthique à Strasbourg



2ème édition du Forum européen de bioéthique à StrasbourgLa 2ème édition du Forum européen de bioéthique, créé par le Pr Israël Nisand, professeur de médecine et chef du pôle gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg, a débuté le 30 janvier 2012 à Strasbourg par une conférence inaugurale "Se reproduire ou produire de l'humain?".
Au programme de ce forum qui se terminera le 4 février, 22 débats animés par 160 intervenants français et européens pour réfléchir autour des thèmes de la procréation et du début de la vie, ainsi que sur la "famille en chantier", abordant de nombreux sujets tels que la "normalité des nouveau-nés", la médecine prédictive, les "bébés médicaments", les traitements de la stérilités, l'assistance médicale à la procréation, les mères porteuses, etc.

Selon le Pr Nisand, "le forum n'est ni un congrès ni un colloque, mais offre au grand public la possibilité de s'informer et de s'exprimer sur des questions d'ordinaire confinées à des cercles d'experts".
le Quotidien du Médecin (Denis Durand de Bousingen) 26/01/12 - La Croix.com 30/01/12 - Le Parisien.fr 28/01/12 - Le Républicain Lorrain 29/01/12 - La Vie (Joséphine Bataille) 26/01/12 - Romandie News 28/01/12 - Poly (Thomas Flagel) 25/01/12

Are moral conservati​ves "dark and socially destructiv​e"?

Brilliant and concise editorial on Politics and Ethics, by Michael Cook (BioEdge) - and, by the way, I never miss Michael's weekly editorial ;-)

"This week we visit familiar territory: anonymous sperm donation, exploitation in clinical trials, selective reduction, multiple parents on a birth certificate, and conscientious objection, among others. None of this is particularly surprising.
However, I was bemused by our brief report on an article in the journal Neuroethics. The author has done some surveys which indicate that moral liberals are more humane than moral conservatives. The latter tend to have the 'dark and socially destructive' personality traits of machiavellianism, narcissism, and psychopathy.
I refused to be labelled either conservative or liberal, but dividing the world into Morlocks and Eloi seems to be a habit among neuroscientists. In 2009, a Cornell academic found that conservative ethics is motivated by disgust and is therefore irrational. In 2008, conservatives were said to have tidy rooms and square worldviews, while liberals were messy, but creative. Also in 2008 (an election year), geneticists claimed that voting patterns were genetically determined. In 2007 neuroscientists found that conservatives were dull plodders while liberals could handle 'informational complexity, ambiguity and novelty'.
I live in Australia where the culture wars are just a distant rumble. Would someone breathing the smoke and sweat of the front lines like to comment on whether or not this makes any sense?"

Michael Cook
Editor
BioEdge

Les Actes des Journées de l'Agence de la biomédecine (mai 2011)

Accédez directement à toutes les informations concernant les journées de l’Agence de la biomédecine 2011 : programme, résumé des interventions ainsi que les actes dernièrement publiés :

 ==> http://www.agence-biomedecine.fr/agence/les-journees-de-l-agence-de-la-biomedecine.html

Découverte d'une molécule permettant la fécondation

Découverte d’une molécule permettant la fécondation

Découverte d’une molécule permettant la fécondationLe chercheur chinois William Yeung de l’université d’Hong-Kong et ses collègues, en partenariat avec trois universités, ont fait une découverte concernant le déroulement du processus de fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde.  Les résultats de leur étude sont parus dans la revue Sciencele 10 août 2011.

Une molécule nommée sialyl-LewisX (SLeX) présente sur l’enveloppe de l’ovocyte agirait comme une "colle" entre les deux cellules reproductrices, permettant au spermatozoïde de féconder l’ovule. Une fois "collé", le spermatozoïde peut fusionner avec l’ovule et générer le zygote. 

Les chercheurs sont parvenus à identifier cette molécule grâce à de nouvelles technologies telle que l'imagerie par spectrométrie. 

Cette découverte pourrait faire progresser la recherche pour traiter l’infertilité touchant près de 15% des couples en âge de procréer dans le monde. Elle permettrait de déterminer la cause de l'infertilité de certains patients, liée à  l’absence de cette molécule. Outre la recherche de traitements contre ce type d'infertilité, les chercheurs évoquent aussi la possibilité de développer des agents naturels de contraception qui empêcheraient la fixation des spermatozoïdes à l'ovocyte.
Levif.be 26/08/11 – Techno-science.net (Cédric Depond) 05/09/11 – Canoe.ca 06/09/11

La loi de bioéthique est parue au "Journal officiel"

Le Quotidien du Médecin 11/07/2011

"La loi bioéthique relative au don, à l’utilisation des éléments produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation (AMP) et au diagnostic prénatal est parue le 8 juillet au 'Journal officiel'.

Le projet de loi, qui révise le texte de 2004, a été adopté définitivement le 23 juin par le Sénat, en commission mixte paritaire. Peu de changements ont finalement été entérinés. La recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires reste, par principe, interdite (le moratoire pour les dérogations a toutefois été suspendu). Le don de gamètes reste anonyme mais le (ou la) donneur(se) peut ne pas avoir procréé. 'Il se voit alors proposer le recueil et la conservation d’une partie de ses gamètes ou de ses tissus germinaux en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice', d’une AMP. Le transfert d’embryon post-mortem est toujours interdit et l’AMP reste réservée aux couples qui souffrent d’infertilité médicale (sans qu’une condition de stabilité soit requise). L’information aux femmes enceintes est renforcée dans le cadre du diagnostic prénatal. Le don d’organes entre vifs est élargi à 'toute personne pouvant apporter la preuve d’un lien affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur'. En cas d’incompatibilité entre le donneur et le receveur, ceux-ci peuvent se voir proposer 'le recours à un don croisé d’organes'. (1)

La loi fera l’objet d’un nouvel examen d’ensemble par le Parlement dans un délai maximal de sept ans et l’Agence de la biomédecine doit établir, chaque année, un rapport d’activité."

(1) Un échange de reins de couple à couple : soit le couple A et B, et le couple C et D.  Il n'y a pas de compatibilité dans le couple entre donneur et receveur, mais il s'avère que A est compatible avec C et B avec D ... A, au lieu de donner son rein à B, va le donner à C. En échange, D, qui n'est pas compatible avec C, va donner son rein à B.

Prochain lancement d'un 2e plan greffe pour 2012-2017

"Lors de la 11e journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe, le 22 juin 2011, la secrétaire d'Etat à la santé Nora Berra a annoncé le prochain lancement d'un 2e plan Greffe pour la période 2012-2017. Voulant 'faire de la greffe une priorité', elle souhaite que le taux d'opposition au prélèvement d'organes après la mort en France passe de 30 à 15% comme c'est par exemple le cas en Espagne et au Portugal. Afin d'atteindre cet objectif, les établissements devront 'améliorer leurs conditions d'information, d'accueil et d'annonce auprès des proches'. Une formation de toute la chaîne des professionnels et non plus des seules équipes spécialisées sera pour cela requise, a expliqué Nora Berra qui souhaite que les indicateurs relatifs aux résultats des établissements, tant quantitatifs que qualitatifs, soient publiés sur les site du ministère de la santé. Des appels d'offres 'dédiés au domaine de la greffe' seront lancés afin d'encourager la recherche et 8 millions d'euros seront investis dans la mise en place du suivi, pendant 12 ans, d'une cohorte de 3600 patients insuffisants rénaux.

A l'occasion de cette journée, l'Agence de la biomédecine (ABM) a également lancé une campagne d'information avec pour slogan 'pour sauver des vies, il faut l'avoir dit' (Cf. Synthèse de presse du 15/06/11). Il s'agit de sensibiliser les Français à la nécessité d'informer leurs proches de leur volonté en matière de don d'organes. Actuellement, il n'existe aucun registre national de donneur mais un registre national de refus pour signifier son opposition à subir des prélèvements après sa mort.

Selon une enquête effectuée en février 2011 par Opinion Way pour la Fondation Greffe de vie, si les 3/4 des Français se disent prêts à donner leurs organes après leur mort, 40 pour cent d'entre eux pensent que la possession d'une carte de donneur suffit à faire connaître leur volonté. Or, cette carte reste indicative et n'a pas de valeur légale. Les médecins interrogent toujours la famille pour confirmer le consentement au don. Incertains de la volonté du défunt, les proches refusent fréquemment le prélèvement.

Sur 15 613 malades en attente de greffe, 4708 greffes ont été réalisées en France en 2010. 92% de ces greffes, ont été effectuées à partir de donneurs décédés et 300 à partir de donneurs vivants. La loi de bioéthique, qui doit être adoptée définitivement le 23 juin 2011, prévoit d'autoriser la pratique du don croisé d'organes afin d'étendre les possibilités de don de rein entre vivants. Le don d'organes entre vivants est également élargi, au-delà de la famille proche, 'aux personnes ayant un lien affectif étroit et stable d'une durée d'au moins 2 ans avec le receveur' (Cf. Synthèse de presse du 01/02/11)."

Le Quotidien du médecin.fr (Stéphanie Hasendahl) 22/06/11 - Le Figaro.fr (Pauline Fréour) 22/06/11 - Liberation.fr 21/06/11 - La Croix 23/06/11
http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Juin/23_06_11.html#2

Bioéthique : "dogmatisme" du modèle familial ?

"Ruwen Ogien est un philosophe français contemporain. Directeur de recherche au CNRS, ses travaux portent notamment sur la philosophie morale, la philosophie des sciences sociales et l'éthique, notamment auprès de Charles Larmore.

Formé à Bruxelles, Tel-Aviv, Cambridge, Paris, Columbia et Montréal, il se rattache à la philosophie analytique. Il revient sur le projet de loi de bioéthique, adopté le 15 février 2011, qu’il pense 'aussi peu ouvert aux évolutions de la société que les précédents'.

Selon lui, la France possède l''un des régimes bioéthiques les plus autoritaires d’Europe' car fondé sur 'le paternalisme politique et médical' de l’Etat qui ne laisse pas le choix 'au citoyen de décider ce qui est bien pour lui'.

Il parle de 'dogmatisme' à propos du modèle familial traditionnel hétérosexuel, qui expliquerait le maintien de l’anonymat du don de gamètes, de la prohibition de la gestation pour autrui, ainsi que l’interdiction de l’AMP aux couples homosexuels.

'La volonté de justifier la législation par des grands principes comme celui de la dignité humaine' n’est, selon Ruwen Ogien, pas recevable. Il ne voit pas pourquoi le modèle familial fondé sur un père et une mère 'exprimerait mieux que n’importe quel autre la dignité de la personne humaine'. Il considère que ce modèle repose sur un 'préjugé culturel' qui 'n’a rien d’universel'.

Il souhaite que soient votées 'des lois plus respectueuses de la diversité des styles de vie'".

http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Fevrier/25_02_11.html#2
Libération 25/02/11
Droits image :
http://www.babelio.com/auteur/Ruwen-Ogien/18401

Les lois bioéthiques en Europe

Le site touteleurope.eu publie une étude comparative sur les lois de bioéthique en Europe.

"Une résolution du Parlement européen du 3 juillet 2002 a recommandé aux Etats membres de légaliser l’avortement. Aujourd’hui, il est donc autorisé dans la quasi-totalité des Etats membres à l’exception de Chypre, Malte, l’Irlande et la Pologne. En Pologne, l’avortement avait été légalisé par le régime soviétique en 1956, mais le gouvernement l’a limité après la tombée du communisme et l’interdit totalement en 1997. Il est cependant autorisé en cas de viol, d’anomalie du fœtus ou sur indications médicales ; il en va de même à Chypre et Malte. En Irlande, l’IVG est autorisée en cas de danger de mort pour la mère. En 1993, 67% des Irlandais se sont prononcés contre la légalisation de l’avortement. Les femmes voulant avorter se rendent en Grande-Bretagne.

C’est d’ailleurs en Grande Bretagne que le délai limite pour avorter est le plus élevé : 24 semaines, pour une moyenne de 12 semaines dans l’UE. Le Portugal, qui a légalisé l’avortement par référendum (à 59,3%) en 2007, conserve un délai de dix semaines.

Le diagnostic prénatal (DPN) est pratiqué partout en Europe, sauf en Irlande où il est interdit. En Pologne, il est autorisé dans un délai de 22 semaines. Malte ne l’autorise que pour des affections qui peuvent être soignées.

Le diagnostic préimplantatoire (DPI), légalisé en France, n’est autorisé en Allemagne que jusqu’à un certain stade de l’embryon. Il est absolument interdit en Italie où le statut de l’embryon est protégé, et en Autriche où la procréation assistée est uniquement réservée aux cas de stérilité. En Irlande, il n’est pas légiféré car le Droit de l’enfant à naître prévu dans la Constitution ne couvre pas les embryons in vitro. Un appel contre ce jugement est en cours d’examen.

Le 'bébé-médicament' est autorisé dans huit pays : la France, la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni, la Belgique, la Grèce, le Portugal et l’Espagne."

Touteleurope.eu 15/02/11
http://www.touteleurope.eu/fr/actions/social/sante-publique/presentation/comparatif-les-questions-bioethiques-en-europe-le-dpi-et-le-dpn.html
http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Fevrier/24_02_11.html#2

"En bioéthique, la France est assez subtile"

Interview de Pierre Le Coz, vice-président du CCNE (Comité Consultatif National d'Ethique) :

http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Accueil/%C2%AB-En-bioethique-la-France-est-assez-subtile-%C2%BB-/Default-1-2414.xhtml

Extraits de cet article :

1.- Quel est pour vous le problème éthique prioritaire en ce moment ?

Pierre le Coz : "Pour moi, il existe deux questions prioritaires : la question du sang de cordon et celle de la vitrification (congélation pour les conserver) des ovocytes. Avec le sang de cordon (lire plus bas), on pourrait récupérer des cellules souches qui permettraient à terme de régénérer certains organes. Cela constituerait une alternative au don d’organes au moins dans certains cas. La transplantation est une des prouesses du XXe siècle. Mais cette technique peut entraîner des dérives comme le trafic d’organes. Il faut donc arrêter ce jeu de massacre et développer toutes les alternatives possibles.

En France, il est de bon ton de décrier le principe des banques privées de cordons, au nom du risque de dérives financières. Mais pour éviter ce risque, on en prend de plus graves comme l’augmentation de la demande de transplantations, avec les dérives de trafic international (via internet) que cela entraîne. Soyons honnêtes : nous n’avons pas assez d’argent pour constituer suffisamment de ban­ques pub­liques et créer des centres de recherche. Le risque est qu’on accumule du retard, et que les gens partent à l’étranger déposer leurs cordons dans des banques privées. Au lieu de diaboliser le privé, on devrait établir des partenariats, en fixant des conditions strictes.Dans le domaine de la recherche, il faut se donner les moyens de ses ambitions.

Quant à la vitrification des ovocytes, elle pose beaucoup moins de problème éthique que la congélation des embryons par exemple, lors d’une aide médicale à la procréation. Ce serait un moyen pour les femmes jeunes atteintes de cancer de préserver leur fertilité en congelant leurs ovules pour s’en servir plus tard. Il y aurait des embryons, mais sans doute en aurions-nous moins besoin."

2.- Lois bioéthiques : ce qui change :

Sang de Cordon

"En France, il n’est pas possible de déposer le cordon de son enfant dans une banque privée et de le conserver pour un usage personnel. En revanche, on peut déposer le sang de cordon dans une banque publique où il servira à d’autres, selon les principes de gratuité et de solidarité qui régissent le don en France.

Cependant, dans des cas bien précis, comme celui du 'bébé du double espoir', dans une famille touchée par une maladie génétique incurable, on peut récupérer les cellules souches contenues dans le sang de cordon d’un bébé pour soigner l’un de ses frères et sœurs atteint par la maladie. L’enfant naît par fécondation in vitro après un double diagnostic pré-implantatoire afin d’implanter un embryon sain qui soit un donneur compatible pour un de ses aînés.

Cette disposition est autorisée par la loi de bioéthique de 2004 et ses décrets d’application de 2006. La première française a eu lieu le 26 janvier dernier avec la naissance d’Umut-Talha, baptisé le 'bébé médicament'."

Remarque : plus les banques de sang de cordon seraient développées en France, moins on aurait besoin de créer des "bébés du double espoir" ... Je parle au conditionnel, vu le retard de la France en la matière ... Près de 30 ans de retard, d'après le Pr. Eliane Gluckman, pionnière de la greffe de sang de cordon.

Merci à Pierre Le Coz et au journaliste pour cette interview et cet article très intéressants !

Le projet de loi de bioéthique en débat

"Libération qualifie le projet de loi sur la bioéthique de 'rendez vous manqué', et 'd’un étonnant statut quo' qui maintient l'interdiction de de la recherche sur l'embryon humain et de la gestation pour autrui et maintient l'anonymat des dons de gamètes (...).
'Concevoir avec un géniteur mort, c’est légitime. Avec un homo, toujours pas' résume Libération, évoquant le transfert d’embryons. [Bravo !!! Ndlr.]
Le diagnostic prénatal a 'fait l’objet d’un long débat', notamment le dépistage de la trisomie 21, qui amène à un taux de 96 % de grossesses interrompues. Désormais, le médecin proposera à la femme des informations sur des associations qui pourront l'aider et un délai d’une semaine lui sera proposé avant toute décision concernant la grossesse.
Pour certains députés PS, le projet de loi est 'un texte de régression'.
Jean Leonetti pense que ce texte est équilibré et 'qu’il y a eu des avancées'. Il déplore qu''au final, on va aboutir à un vote droite contre gauche, ce qui n’était pas mon souhait'.
Pour Marine Le Pen, ce débat sur la bioéthique est un 'sujet fondamental, qui touche à notre vision de l’homme et aux racines de notre civilisation'.
Dans un entretien avec le journal La Croix, elle affirme que le Front National et les Français ont été écartés de ce débat. 'On l’a bien vu avec le bébé médicament : ils ont appris du jour au lendemain que l’on pouvait faire un bébé pour en soigner un autre' dénonce-t-elle. On bascule vers 'la transformation de l’être humain en objet. Avec des notions de rentabilité, d’utilité de la procréation'.
Elle explique vouloir revenir sur la Loi Veil qui a été 'dénaturée'. L’avortement qui devait être un 'ultime choix' en cas de détresse, est devenu la seule proposition que l’on donne à une femme qui se rend au Planning familial : 'on lui propose l'avortement ou... l'avortement'. Elle s'oppose au remboursement de l’avortement, jugeant qu''il existe suffisamment de moyens de contraception' et préfère placer les aides financières dans l’adoption prénatale."
Libération (Charlotte Rotman, Eric Favereau) 15/02/11 - La Croix (Laurent de Boissieu, Marine Lamoureux) 15/02/11
http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Fevrier/15_02_11.html#4

Le professeur René Frydman dénonce des entraves au progrès

Le Pr Frydman a dénoncé mardi les entraves au progrès dans le domaine de l’aide médicale à la procréation.

"Après avoir annoncé la première naissance en France d’un 'bébé du double espoir' – ou 'bébé-médicament' – (lire notre édition d’hier), le Pr René Frydman a déploré mardi 'le maquis de précautions sur le plan législatif' qui contribue au retard français dans ce domaine. 'A force de vouloir mettre de l’idéologie sans cesse', cela 'bloque les choses'. Alors que l’examen de la loi de bioéthique a débuté mardi après-midi à l’Assemblée nationale, il a également pointé les influences idéologiques à l’œuvre qui font peser des 'menaces' sur l’exercice de cette médecine de la procréation alors qu’on est dans un 'état laïc'. De son côté, le généticien Axel Kahn ne manquait pas de relever que les députés 'sont souvent attachés à des stéréotypes, à des idéologies, religieuses, politiques, etc., dont progressivement j’ai appris à faire totalement l’économie'. 'La définition du bien, c’est tout ce qui concourt à la reconnaissance de la valeur de l’autre', affirme ce chercheur, qui aimerait voir les élus se servir de cette définition lors de leur discussion du projet de loi bioéthique.

Au-delà de cette naissance pour l’instant exceptionnelle de 'bébé-médicament', le diagnostic préimplantatoire (DPI), après fécondation in vitro, sert simplement à détecter des maladies extrêmement graves afin de permettre aux parents d’espérer un bébé qui en soit indemne. 'Cela fait dix ans que l’on fait du DPI – 165 enfants sont nés grâce au DPI (leur évitant de voir le jour avec des maladies telles que la mucoviscidose, l’amyotrophie spinale, des maladies mitochondriales, des maladies amyloïdes du foie, des translocations chromosomiques…) dans notre centre' Béclère-Necker, selon le professeur Frydman. 'Treize autres sont en route', a-t-il indiqué."

http://www.francesoir.fr/actualite/sante/professeur-rene-frydman-denonce-des-entraves-au-progres-71602.html
http://www.leparisien.fr/societe/procreation-le-pr-frydman-denonce-des-lois-qui-entravent-la-recherche-08-02-2011-1305920.php

Loi bioéthique : statu quo sauf pour le transfert d’embryon post-mortem

"Les députés ont terminé tard dans la nuit de jeudi à vendredi l’examen du texte de loi bioéthique, qui fera l’objet d’un vote solennel mardi. Rien ne change pour l’anonymat des dons de gamètes et la recherche sur l’embryon mais le transfert d’embryon post-mortem a été adopté contre l’avis du gouvernement.

MALGRÉ les demandes des chercheurs, la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires reste interdite sauf dérogations expresses. Selon le ministre de la Santé 'la position française permet de continuer d’avancer'. 'Je mets au défi quiconque de nous prouver que nous avons pris du retard', dit Xavier Bertrand. Pour Jean-Louis Touraine (PS), au contraire, 'le retard pris' se révélera 'insurmontable' et le message envoyé aux chercheurs est 'extrêmement négatif'. 'On va rester dans une ambiguïté qui ne sera favorable ni à la recherche ni aux malades', a estimé Alain Claeys (PS), rapporteur de la commission spéciale.

Loi de bioéthique : approche du débat parlementaire

"Le 8 février 2011 à l'Assemblée nationale aura lieu le débat sur le projet de loi de bioéthique. Si la gauche défend globalement des positions très libérales en matière de bioéthique, malgré quelques exceptions comme la question des mères porteuses (...), la droite, qui fait figure d'arbitre, apparaît divisée.
A gauche se distinguent les figures d'Alain Claeys (PS) et de Noël Mamère (Verts). Alain Claeys, président de la mission d'information parlementaire sur la révision des lois de bioéthique, se positionne pour les options les plus libérales. Noël Mamère est symptomatique d'une gauche qui sur les sujets de bioéthique 'surfe sur l'émotion en refusant de voir les questions éthiques qui se cachent derrière'. Favorable à la gestation pour autrui, il considère que 'les progrès de la médecine peuvent en effet ouvrir la voie à un droit à l'enfant'.
Parmi les députés de la majorité se détachent Jean Leonetti et Hervé Mariton. Rapporteur de la mission d'information parlementaire, Jean Leonetti est opposé aux mères porteuses mais s'est clairement prononcé pour une libéralisation de la recherche sur l'embryon humain. Il déclarait en effet dans le Journal du dimanche qu'il est 'urgent d'autoriser la recherche sur l'embryon non destiné à naître, de (la) permettre une bonne fois pour toutes, en mettant à bas le système actuel de dérogations' (Cf. Synthèse de presse du 08/11/10). Hervé Mariton plaide pour le maintien de l'actuel système d'interdiction de la recherche sur l'embryon humain avec un régime strict de dérogations. Il souhaite aussi que 'l'Agence de la biomédecine (ABM) - à qui est laissé le soin d'accorder ces dérogations - soit davantage contrôlée par la représentation nationale' (...).
Notons qu'une pétition citoyenne signée par plus de 10 000 personnes et demandant un moratoire sur la recherche sur l'embryon humain a été lancée par Stanislas de Larminat (...). 'Pourquoi la France ne donnerait-elle pas l'exemple au monde ? Progrès doit-il forcément rimer avec transgression ?' interroge-t-il. "
http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Fevrier/03_02_11.html

Mon commentaire :
Merci Docteur Jean Leonetti pour votre prise de position sur la question de la recherche sur l'embryon humain.

Le "détricotage" du projet de loi sur la bioéthique

"La commission spéciale de l’Assemblé Nationale chargée de réviser les lois sur la bioéthique vient d’adopter trois amendements concernant le projet de loi. Désormais, le transfert port-mortem des embryons et la congélation rapide des ovocytes sont autorisés (...). Le don d’ovocytes est par ailleurs possible pour les femmes n’ayant pas d’enfants. Le Parti chrétien-démocrate (PCD) dénonce cette modification 'sensible' du projet de loi d’octobre 2010. Sa présidente Christine Boutin dit craindre un 'détricotage total du projet de loi' ainsi que 'l’élargissement de la recherche sur l’embryon'.
La séance publique sur ce projet de loi aura lieu à partir du 8 février 2011."
Le Figaro.fr 31/01/2011
http://www.genethique.org/revues/revues/2011/Fevrier/01_02_11.html#5

L'avenir de l'embryon humain : conférence publique 28-29/01/2011 Paris, Cité des Sciences (CCNE - Universcience)

Le Comité Consultatif National d'Ethique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) organise les 28 et 29 janvier 2011, en partenariat avec Universcience, ses Journées Annuelles d'Ethique autour d'un thème d'actualité majeur : l'avenir de l'embryon humain. Au cours de ces Journées, des lycéens de l'ensemble de la France viendront présenter le fruit de leurs recherches, travaux et réflexions. Ils seront accompagnés des enseignants ayant encadré durant leurs cours la préparation de ces exposés. Sciences de la vie et de la terre (SVT), langues vivantes, français, philosophie : ce travail de réflexion des lycéens est inter-disciplinaire et donne des résultats très intéressants. Le CCNE souhaite faire de cet événement un vrai débat de société en amont de la révision des lois de bioéthique, prévue cette année :
Irina Pungaru, pour le Comité Consultatif National d'Ethique pour les sciences de la vie et de la santé :

"Notre objectif : faire que les questionnements éthiques relatifs à la parentalité, la filiation et la place de l'embryon dans nos sociétés ne soient pas du seul domaine des spécialistes mais qu’ils puissent être appropriés et débattus par tous. Dans cette dynamique, nous proposons au public des conférences et débats sur la parentalité, un forum des lycéens, une exposition sur 'Les nouvelles façons d'avoir des enfants', des tables rondes thématiques telles que 'La famille est-elle une question de gènes', 'Qu'est-ce qu'une mère aujourd'hui ?', 'L'assistance médicale à la procréation. Pour qui ? Pour quoi ?'"
PROGRAMME DEFINITIF (PDF, 540 Ko.)

==> Programme détaillé de ces Journées qui se tiendront à la Cité des Sciences à Paris  : http://www.universcience.fr/fr/conferences-du-college/programme/c/1248115355073/-/p/1248108924842

==> Page web dédiée aux Journées Annuelles d'Ethique :
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/evenements/journees-annuelles-ethique-2011

Vidéo de présentation des Journées par Jean-Claude Ameisen :


Jean-Claude Ameizen
envoyé par universcience. - Vidéos des dernières découvertes technologiques.

Sources :
http://www.dailymotion.com/video/xgjawg_jean-claude-ameizen_tech
http://www.ccne-ethique.fr/

Contact :
Comité Consultatif National d'Ethique

35, rue Saint-Dominique 75007 Paris
Téléphone : 33 01 42 75 66 42

"La pitié dangereuse"

"Qu’ils sont tristes ces vieillards.

Beaucoup sont atteints de maladies dégénératives, qu’il s’agisse de la maladie d’Alzheimer ou d’une démence sénile.
Regardez les gâteux et tremblotants, ils ne reconnaissent plus personne, sauf parfois, pendant de rares moments de lucidité.
Il faut les aider à se nourrir et en plus ils font sous eux, c’est sale et dégoûtant.
Ils sont indignes !
Qu’ils sont tristes ces paraplégiques, fauchés dans la fleur de l’âge par un accident de voiture.
Ils se déplacent en fauteuil roulant, jamais plus ils ne marcheront.
Ils enchaînent dépression sur dépression, hospitalisation sur hospitalisation et en plus ils coûtent chers à la sécurité sociale, comme les vieillards. Sont-ils vraiment dignes ?
Qu’ils sont tristes ces hommes et ces femmes atteints d’un cancer dont on sait qu’il va les entraîner vers la mort à plus ou moins brève échéance.
Dès l’annonce par le médecin de leur mal, ils tremblent de mourir à petit feu, de devenir impotents, après avoir maigri de dizaines de kilos.
Quelle déchéance ! Vont-ils mourir dans la dignité quand la fin approchera ?
Qu’ils sont tristes ces jeunes, mal formés et arriérés mentaux, ne s’exprimant pas ou peu, impossibles à scolariser, souvent en « petite voiture » poussée par des bénévoles ou des infirmiers.
Ils n’ont aucun espoir de vivre comme nous, car vous l’avez compris, ces « gens » ne sont pas comme nous, qui avons la vie, la santé et la beauté, qui avons l’autonomie physique, des capacités intellectuelles intactes, qui avons la Sécurité sociale qui nous rembourse nos « petits médicaments », nos taxis ou nos ambulances, qui bénéficions de l'accès quasiment gratuit à l’hôpital, de soins à domicile et d'arrêts de travail, quand un peu fatigués, nous nous décidons à ne plus travailler.
« Nos 35 heures » ! « Notre CMU » ! « Notre RMI »!
Car « les autres », les différents, les vieillards, les mal formés, les cancéreux, les accidentés, ce sont eux qui coûtent chers à la société et, en plus, ils nous prennent l’argent de « notre » Sécurité sociale.
Car les « autres » ne sont pas en train de mourir dans la dignité. Ils ne sont d’ailleurs pas en train de vivre dans la dignité.
Alors à quoi cela sert de mourir aussi lentement ou de vivre aussi chichement ?
Tiens, il faudrait aussi admettre que les SDF qui traînent avinés dans « nos » rues n’aient pas eux non plus une vie digne.
Que font-ils ici dans nos villes à nous encombrer ? Ils nous donnent mauvaise conscience, en plus !
Alors, cette proposition de loi sur l’euthanasie est la bienvenue.
Elle permet à ceux qui le veulent bien, ou à qui on a réussi à faire admettre qu’ils le voulaient bien, de se faire tuer proprement.Ils vont enfin mourir dans la dignité.
« Dis Pépé, tu ne crois pas qu’il faut signer là ? Qu’espères-tu de la vie ? Tu ne vois pas que tu nous encombres ?
On devait déjà partir en vacances lors de la dernière canicule ! Tu ne vois pas que tu n’es plus digne ? » Mais au fait, de quelle dignité parle-t-on ? Est-ce vraiment la leur ou la nôtre ?
Bon sang, mais bien sur, c’est de notre dignité que l’on parle ! Car ce vieillard, est-on certain qu’il se sente indigne ?
C’est nous, ses enfants ou ses amis, qui décrétons qu’il n’est plus digne et qu’il a assez « duré ». Ces paraplégiques ressentent parfaitement qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre monde, que cette dignité c’est nous qui allons la leur retirer.
On est digne quand ceux qui nous entourent nous soignent, nous aident, nous accueillent et décident que vous êtes dignes par le regard qu’ils posent sur vous, par l’affection ou l’amour qu’ils vous portent.
Eh bien oui, cette loi sur l’euthanasie active est indigne du monde dans lequel nous vivons.
Elle traduit essentiellement le rejet de la différence par ceux qui font la loi, elle ouvre la voie à une méta-humanité matérialiste et desséchée.
Une méta humanité propre, car il y aura des « cliniques » spécialisées dans la mort !.
Il y aura des médecins spécialisés dans« l’exécution testamentaire » et pourquoi pas des publicités dans le style : « venez mourir chez nous, dès votre entrée nous nous occupons de tout, moyennant un forfait raisonnable, vous mourrez en musique stéréo, à côté des images de vos acteurs préférés ou de vos parents. Votre mort sera filmée en direct pour prouver aux générations suivantes, à vos enfants que vous êtes morts dans la dignité. »
Voici une méta-humanité déshumanisée, de la conception à la naissance : nous sommes depuis un certain nombre d’années, en train de fabriquer des bébés parfaits, sans tare, des bébés choisis dont le génome sera entièrement connu et déterminé avant la naissance.
Nous voici maintenant à l’autre extrémité de la vie, avec notre « gomme » qui permettra d’effacer ceux qui encombrent.
Il ne restera plus qu’à proposer aux vieillards et aux éclopés de donner une de leurs cellules pour qu’ils se fassent cloner avant que le bourreau ne commence son œuvre et ne les réduise en cendres.
Quel monde merveilleux ! Doulce France où il fera bon vivre entre gens bien portants. Oh ! A propos, n’y aura-t-il pas un gentil bourreau qui proposera une bonne loi pour euthanasier les hommes et les femmes des pays pauvres qui vivent aussi dans l’indignité?
Indignité entretenue par nous, les riches, les biens portants, les sans cœur !
Quel beau monde ! Dieu, s’il existe, doit être fier de nous.
Alors oui, autoriser par une loi « la mise à mort » d'un malade ou d'un vieillard serait la pire des déviances que l'on pourrait imaginer.
Oui, il est terrible de mourir dans la souffrance et la solitude, mais si les médecins peuvent et doivent tout faire pour soulager la souffrance et vaincre la solitude, ils ne doivent en aucun cas donner légalement la mort.
Oui il faut lutter contre la souffrance. Il est intolérable, maintenant que nous maîtrisons des drogues antalgiques, de laisser souffrir un patient. Le médecin et l'équipe soignante, sous la responsabilité médicale, doivent tout faire pour lutter contre la souffrance, qu'elle soit le fait d'une maladie passagère et douloureuse, d'une intervention chirurgicale ou d'une maladie incurable et irrémédiable à court ou moyen terme.
La souffrance n'est pas le prix à payer pour je ne sais quelle rédemption. Il est pourtant parfaitement vrai que certaines drogues utilisées actuellement peuvent, tout en atténuant la douleur, hâter la mort quand les malades sont au bout de leur vie mais la finalité reste avant tout antalgique.
C'est une barrière invisible, entre le fait de combattre la souffrance et le risque de mourir, qui fait la grandeur et l'effroyable complexité de l'acte médical. Cette barrière ne peut pas être confiée à la loi.
Apprendre à lutter contre la souffrance est devenu une nécessité qui commence enfin à être enseignée à la faculté et dans les écoles d'infirmières. Il ne s'agit pas simplement d'un apprentissage de techniques médicales mais aussi et surtout d'un apprentissage psychologique et éthique.
Oui il faut lutter contre la solitude et la fin de vie.
La société a changé à une telle vitesse que bien des repères ont été effacés. La mort chez soi, entouré par les siens a disparu au profit d'une mort médicalisée et dans la solitude aseptisée de l'hôpital ou d'une maison de retraite.
Ce sont hélas les fruits amers de notre société de consommation qui refuse ou oublie la solidarité qui exacerbent l'égoïsme.
Les réponses à la solitude de la fin de vie sont multiples, l'une d'elles est sans conteste la multiplication des unités de soins palliatifs.
De telles unités sont encore trop peu nombreuses car elles coûtent chères mais elles sont une des réponses les plus dignes que notre société ait pu apporter à notre égoïsme.
Lutter contre la douleur et entourer le malade ou le vieillard en fin de vie, éviter l'acharnement thérapeutique abusif, sont les trois seules actions à entreprendre pour aider les malades en fin de vie.
Une loi autorisant l'euthanasie prêterait à toutes les déviances.
- Déviance économique d'abord.
A une époque où des économies sont imposées sur les dépenses de santé, où il nous est répété chaque jour que la santé coûte trop cher, où dans certains pays on n'opère plus les patients après 70 ans, n'y aurait-il pas un économiste zélé pour proposer une loi proposant de donner la mort, après consultation du malade ou de sa famille, à toute personne présentant les signes d'une maladie irrémédiable entraînant « souffrance et déchéance dans un délai visiblement court »?
Ne haussez pas les épaules en pensant que j'exagère, les économistes qui maintenant orientent la politique de santé dans de nombreux pays européens vous le diront sans hésitations, ce sont les derniers jours de la vie qui coûtent le plus cher à la Sécurité sociale.
Loin de moi l'idée de prôner l'acharnement thérapeutique qui peut, dans beaucoup de cas, être honteux et dégradant, mais ne versons pas dans l'excès inverse qui serait de dire que chaque semaine, chaque mois « évités » sont autant d'argent épargné par la sécurité sociale.
Je vois déjà les inspecteurs de la sécurité sociale interroger, voire condamner ceux qui n'auraient pas euthanasié assez rapidement leur malade agonisant.
- Déviance juridique ensuite.
Qui devrions-nous écouter ?
La famille qui demande que la vie du grand-père soit abrégée au nom de la charité, afin de lui éviter une déchéance dégradante ?
Faudra-t-il dans ce cas que la famille ait réglé les problèmes de succession pour commencer l'injection ?
Et si l'un des parents s'y oppose, faudra-t-il un vote familial pour qu'une majorité se dégage ?
A partir de quand l'euthanasie sera-t-elle acceptée ?
Dès l'annonce par le médecin du diagnostic de la maladie incurable ?
« Monsieur vous avez un cancer du poumon incurable .
- Bien docteur, tuez moi! ».
Ou bien la loi nous obligera-t-elle à attendre les premiers signes de la souffrance et de la déchéance ?
« Désolé monsieur, votre heure n'a pas encore sonné , il faudra attendre les métastases, je vous préviendrai à temps ».
Y aura-t-il des procès pour l'euthanasie trop tardive ou pour refus d'euthanasie ?
La société moderne est hypocrite et lâche, nous voulons tous la beauté, la jouissance et le bonheur, jamais le corps n'a été autant glorifié : Mode , culturisme, règne du paraître et de l'éphémère.
Une mannequin qui défile est adulée, quand les rides apparaissent elle est oubliée.
Il faut cacher la vieillesse et la mort comme on cache une laideur. Monde impitoyable!
Nous ne voulons plus la proximité de la mort et de la souffrance. Si nous tolérons encore la famine au Soudan, avec ses milliers de morts, ses enfants décharnés qui s'en vont sans bruit, sans révolte, victimes de nos égoïsmes, c'est que nous pouvons « zapper » la télévision et regarder un match de football. Mais nous ne tolérons plus ni la mort ni la déchéance de nos amis, de nos parents parce qu'ils sont trop près de nous, alors que nous réclamons pour les uns et les autres le droit à l'euthanasie.
Changer de chaîne, c'est euthanasier des milliers d'enfants au Soudan pour nous éviter d'avoir trop longtemps mauvaise conscience. Demander une loi autorisant l'euthanasie c'est aussi pour nous éviter à nous qui sommes actuellement en bonne santé, le spectacle que nous considérons insupportable de la déchéance.
En plus nous voulons avoir bonne conscience et cette loi serait une excuse pour ne pas être dérangé par ceux de leurs proches qui s'en vont trop lentement.
Comme la loi est impersonnelle, elle est sans responsabilité individuelle. Pourquoi ne le ferai-je pas puisque la loi m'y autorise?
Je l'affirme avec force, il ne faut pas de loi autorisant l'euthanasie car la loi est manichéenne, la médecine refuse la règle du tout ou rien.
Soigner c'est être présent aux côtés d'un malade, au début comme à la fin de la maladie, dans la joie comme dans la peine."

Bernard Debré
Ancien Ministre
Député de Paris
Membre du Comité consultatif national d'éthique